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Du nouveau pour 2009 : Lire-écouter-voir devient Samarra !

Après un an de bons et loyaux services, Lire-écouter-voir fait peau neuve. Nous allons désormais continuer ce qui a été entrepris sur un blog partenaire du site Mondomix consacré à toutes les musiques du monde.

Ce nouveau blog s'appelle Samarra et a démarré depuis quelques jours. Nous allons continuer à y publier des articles sur les sujets et les supports (BD, manga, musique, films, livres, peinture,...) qui ont fait le quotidien de Lire-écouter-voir en 2008.

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jeudi 20 mars 2008

le festival de Woodstock: retour sur les principaux concerts (deuxième partie).




A la différence du festival de Monterey en 1967, l'idéal de gratuité n'est plus. L'industrie musicale, ainsi que les artistes, ont vite saisi l'intérêt de tels rassemblement. Aussi, les cachets touchés par quelques têtes d'affiches atteignent des sommes rondelettes. Hendrix, empoche 18 000 dollars, Joplin 7500. Les groupes moins connus en revanche sont loin de toucher de telles sommes. Santana ou Ten Years After sont loin des 1000 dollars.

Quelques grands absents peuvent être relevés (Stones trop violents au goût des organisateurs; Beatles qui ne tournent plus; Dylan, qui n'a que mépris pour les hippies, se remet lentement d'un accident de moto; Jim Morrisson, le leader des Doors, craint pour sa vie ...), le festival rassemble néanmoins du beau monde: le meilleur de la scène californienne, ainsi que certaines éloiles montantes de la scène musicale internationale.

Tout au long des trois jours du festival, 32 artistes se succèdent sur scène lors de ces trois jours:

- le vendredi 14 août se succèdent sur scène les folkeux Richie Havens, Tim Hardin, Arlo Guthrie, Joan Baez, le sitariste Ravi Shankar.


Richie Havens ouvre les hostilités




- le samedi 15 est consacré à la musique rock: folk- rock avec Country Joe McDonald ou John B. Sebastian, rock latino avec Santana, blues-rock avec Canned Heat, Creedence Clearwater Revival, Janis Joplin et son Kozmic blues band, acid-rock avec le Grateful Dead et le Jefferson Airplane, funk psychédélique avec Sly and the Family Stone, enfin le rock brutal et efficace des Who.




Grace Slick du Jefferson Airplane à Woodstock.


- le dimanche 16 voit se succéder sur scène Joe Cocker, Country Joe & The Fish, Ten Years After, The Band sans Dylan (en froid avecle mouvement hippie), le gutariste de blues albinos Johnny Winter, Blood Sweat And Tears, Crosby, Stills, Nash & Young.




The Who


- Enfin, le Paul Butterfield Blues Band et Jimi Hendrix clôturent ce festival le lundi 17.

L'ordre de passage des artistes est bouleversé à de nombreuses reprises en raison de la paralysie des axes d'accès, mais aussi de la lucidité des artistes (Tim Hardin qui devait ouvrir le festival est tellement défoncé qu'il doit céder sa place). Ainsi, Richie Havens, qui n'était que cinquième sur la liste de passage, ouvre en fait le festival. Les organisateurs n'arrivent pas à faire venir les groupes sur le terrain. Les hôtels se situent à dix km de là, avec tout l'équipement.


Havens sort de scène après ses quarante minutes contractuelles. Michael Lang, un des organisateurs, le supplie de jouer encore, les artistes devant lui succéder sur scène se faisant toujours attendre. Il raconte:"je suis entré et sorti six fois. La dernière fois que je suis remonté sur scène, j'avais chanté tout ce que je connaissais (...)." Il entonne alors un "Freedom" poignant, qui se transforme en cours de route en "I feel like a motherless child".





Richie Havens Freedom Motherless Child Woodstock


Lorsque Havens quitte définitivement la scène, personne n'est encore prêt à lui succéder.

Quelques moments forts du festival peuvent être identifiés. Quatre concerts resteront longtemps gravés dans les mémoires.
- Country Joe McDonald, le hippie rouge
, se trouve au pied de la scène et propose ses services aux organisateurs soulagés. On lui prête une guitare et il peut enfin ravir son auditoire. Il remporte un succès incontestable, notamment lors de son introduction à son ravageur Fixin'-to-die-rag (voir l'article sur les chansons contre la guerre du Vietnam). Il chauffe le public en lui faisant reprendre et égrainer les lettres F.UC.K. afin de protester contre l'engagement américain au Vietnam (" Donnez-moi un F ... donnez-moi un U ... donnez-moi un C... donnez-moi un K... qu'est-ce que ça donne?").




- Ten Years After est une formation britannique de blues-rock. Jusqu'à ce dimanche 16 août, la notoriété du groupe reste très confidentielle. Tout change avec leur passage sur la scène de Woodstock, le groupe y accomplit une prestation mémorable, avec pour point d'orgue les dix minutes du morceau I'm Goin' Home, long medley blues, rock et boogie. Le chanteur et guitariste Alvin Lee captive l'audience, sous le charme.







Woodstock - Ten Years After - Going Home

- La veille, un autre quasi-inconnu inscrit définitivement son nom sur la carte du rock: Santana. Sous mescaline, Carlos Santana et sa jeune formation (Santana a 22 ans, son batteur prodige Michael Schrieve 19) enchaînent les titres rock teintés de rythmes latino. L'incendiaire Soul sacrifice fait entrer le public en transe, soulevé par une basse implacable et un jeu de batterie exceptionnel.




woodstock 1969 santana

- Le tout jeune chanteur de blues rock anglais Joe Cocker mystifie l'assistance en reprenant le "with a little help from my friends" des Beatles. Il livre une interprétation exceptionnelle et "habite" véritablement sa chanson. Pris d'une sorte de danse de saint Guy, il semble incapable de tenir en place.

JOE COCKER - WITH A LITTLE HELP... (WOODSTOCK '69)


- Enfin, alors que le festival touche à sa fin, Hendrix tire de son sommeille un public apathique. La prestation de son groupe est plutôt terne, en tout cas jusqu'à la version instrumentale de l'hymne américain le Star spangled banner, véritable "guernica sonore" selon la formule d'Yves Delmas et Charles Gancel. Utilisant les distorsions, les sons qui sortent de sa guitare évoquent des cris, bruits de bombes, d'avions, Hendrix entend dénoncer à sa manière la boucherie vietnamienne.
Charles Schaar Murray affirme:"un homme et une guitare en disent plus en trois minutes et demie sur cet immense gâchis et ses conséquences que tous les romans, récits et films mis ensemble. [...] elle [l'interprétation] dépeint, de façon aussi descriptive que peut le faire un morceau de musique, à la fois ce que les Américains ont fait aux Viêt-namiens et ce qu'ils se sont faits à aux-mêmes."




Parmi les autres moments forts du festival, retenons:
- le concert des Who. Le groupe britannique livre une prestation brute et efficace. Pour l'anecdote, Pete Townshend, guitariste du groupe, assène un coup de guitare sur la tête du meneur hippie Abbie Hoffman, qui débutait un discours politique alors que le groupe attendait pour jouer.


Joan Baez à Woodstock.

- L'interprétation poignante de la ballad of Joe Hill (barde, précurseur des chanteurs de folk engagé tels que Woody Guthrie, Pete Seeger, puis le jeune Dylan) par une Joan Baez enceinte. Elle dédie d'ailleurs ce titre à son mari, emprisonné, car il a refusé de servir au Vietnam.

- Grace Slick irradie de sa grâce le concert du Jefferson Airplane. Ci-dessous, l'ode aux substances hallucinogènes, White Rabbit.

Jefferson Airplane - White Rabbit (Woodstock)

Au rang des déceptions figure avant tout la piteuse prestation de Janis Joplin accompagnée de son nouveau groupe, le Kozmic blues band. Démotivé, molasson, le groupe fait regetter le Big Brother and Holding Company qui avait fait merveille à Monterey. Joplin, qui a attendu longtemps en coulisse avant de monter sur scène, est ivre morte lorsqu'elle commence à chanter. Sa prestation s'en ressent.

Le festival de Woodstock constitue l'acmè (et le chant du cygne) des grands rassemblements musicaux de la seconde moitié des années 1960. Jamais une série concert n'avait connu une telle affluence. La médiatisation de l'événement contibue aussi à la notoriété du festival, bien plus connu que ceux de Monterey (1967) ou de l'île de Wight (en 1968, 1969 et surtout 1970).

* Le festival de Woodstock est devenu un mythe, avec son lot de légendes.

- Ainsi, contrairement à une idée reçue, la gratuité du festival fut imposée par un concours de circonstance. Il s'agissait pourtant bien d'une affaire commerciale à l'origine. Les billets devaient être payants (plus de 100 000 individus acquittent d'ailleurs les 18 dollars d'entrée), les artistes se font payer, parfois grassement. En tout cas, la gratuité concédée par les organisateurs (ils n'ont guère le choix) les placent au bord de la faillite, car ils doivent payer les dépenses liées à l'événement (les cachets des artistes, les factures d'électricité, la location des terrains). Seuls les produits dérivés vendus des années plus tard les sauvernot de la faillite (droits sur les disques, le film).

- La très grande notoriété du festival fait un peu oublier d'autres grands rassemblements musicaux sans doute plus réussis d'un point de vue musical. Si la qualité musicale est souvent au rendez-vous à Woodstock, le festival ne souffre guère la comparaison avec celui de Monterey d'après les observateurs de l'époque (n'étant pas né à l'époque, nous devons leur faire confiance).

Quoi qu'il en soit, Woodstock reste un symbole d'unité très fort pour la génération "peace and love", qui aspirait à changer le monde, afin de le rendre meilleur.
On a beaucoup ironisé depuis sur cette jeunesse prétendument désoeuvrée. A l'époque, la presse conservatrice s'en donnait à coeur joie face à un phénomène qu'elle ne comprenait pas. Parmi la classe politique, la palme de la finesse revient à Ronald Reagan, alors gouverneur de la Californie, donc concerné directement par le mouvement hippie, qui décrit les hippies comme des "jeunes coiffés comme Tarzan, qui se comportent comme Jane et sentent comme Cheetah."



* Le film.

Pour immortaliser l'événement, et pour des raisons plus bassement matérielles, un film fut réalisé par Michael Wadleigh, sobrement intitulé "Woodstock". Deux doubles albums de compilations des meilleurs moments du festival sortiront également. Certains artistes présents lors du festival n'apparaissent pas dans le film. Ainsi, il faudra attendre une réédition récente du film pour pouvoir observer fugacement Janis Joplin. Son manager (qui est aussi celui de Dylan et du Band), Grossman s'oppose à ce que la piètre prestation de Joplin ne figure dans le film.

* des lendemains difficiles.

Sitôt le festival terminé, plusieurs éléments empêchent la tenue de nouveaux rassemblements comparables aux Etats-Unis: la plus grande sévérité de contraintes légales, l'augmentation des taxes d'assurance, les violences traumatisantes du festival d'Altamont en décembre 1969, le massacre perpétré par la "Manson family". Bref, un terrible retour de bâton s'abat sur la jeunesse contestataire. Le conservatisme reprend ses droits comme l'atteste la campagne anti-hippie que lance en Californie le gouverneur de Californie, un certain Ronald Reagan.

Un prochain article reviendra sur le cauchemardesque festival d'Altamont et la fin de mouvement hippie.


Sources:
- Yves Delmas et Charles Gancel:"Protest song. La chanson protestataire dans l'Amérique des sixties", Textuel, 2005.

- Jacques Barsamian et François Jouffa:"L'encyclopédie du rock américain", Michel Lafon, 1996.




- Jean-Yves Reuzeau:"Janis Joplin", folio biographies, 2007.


- Vibrations n°101: interview de Richie Havens (p26-30).

Liens:

- La première partie de l'article sur les conditions dans lesquelles s'est déroulé le concert.


- un site riche en photographie.


- Un article du blog sur le festival de Monterey.

- Sur le Summer of love et le mouvement hippie.

- L'agitation sur les campus américain par E. Augris.

- Un site consacré à la prestation de Ten Years After à Woodstock.

6 commentaires:

M.AUGRIS a dit…

J'ai un faible pour Joe Cocker et son "With a little help from my friends"...

J. Blottiere a dit…

je suis d'accord, tu le sens vraiment "vivre" la chanson. J'aime aussi beaucoup le soul sacrifice de Santana...

Anonyme a dit…

Merci de citer ainsi notre livre!
Pour info, mardi 25 mars à 13h30, France Inter repasse l'émission qu'ils lui ont consacré dans les Mardi de l'Histoire.
Bravo pour votre blog!
Charles Gancel

Charles' a dit…

Idem au-dessus

J. Blottiere a dit…

Merci pour l'information. je conseille vivement à tous les amateurs de musique la lecture de cet ouvrage remarquable: http://www.ombres-blanches.fr/pub/repere/faits/niv5.php?id_chap=3388.

Merci pour le tuyau au sujet de l'émission.

J.B.

Destination Woodstock a dit…

40 ans et cette musique n'a pas pris une ride.
Au top Joe Coocker, Richie Havens, les Who et Alvin Lee

Domage que la prestation des Creedence ne soit pas sur le disque et le film.

Pascal from Destination Woodstock
www.destination-woodstock.com