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Du nouveau pour 2009 : Lire-écouter-voir devient Samarra !

Après un an de bons et loyaux services, Lire-écouter-voir fait peau neuve. Nous allons désormais continuer ce qui a été entrepris sur un blog partenaire du site Mondomix consacré à toutes les musiques du monde.

Ce nouveau blog s'appelle Samarra et a démarré depuis quelques jours. Nous allons continuer à y publier des articles sur les sujets et les supports (BD, manga, musique, films, livres, peinture,...) qui ont fait le quotidien de Lire-écouter-voir en 2008.

Rendez-vous tout de suite sur Samarra !

samedi 19 avril 2008

Sous les pavés, le sexe et le plaisir

"Sous les pavés, le sexe et le plaisir"

Voilà qui résume en substance, notre propos, mai 68 aurait été le point de départ (ou plutôt l’accélérateur) de la libération sexuelle désormais presqu’achevée. En effet, à en croire, l’étude récemment publiée sur la sexualité des Français, les comportements ont fortement évolué depuis 1970. Il y a convergence dans la pratique sexuelle. Les femmes se rapprochent des hommes pour ce qui concerne l’âge du premier rapport sexuel (17,6 ans pour les femmes, 17,2 pour les hommes) ou bien le nombre de partenaires. Cette convergence est sans aucun doute l’une des conséquences de ce qu’on a appelé la libération sexuelle.


Mais que doit-on exactement entendre par libération sexuelle ?

Dans l’acception de l’époque, il s’agissait de faire reconnaître la sexualité en dehors des liens du mariage…Il s’agissait aussi d’une attaque en règle contre l’institution du mariage. Pour cela, la nécessité était de faire tomber toute une série de tabous entretenus par l’Eglise et la société bien pensante : la contraception, l’avortement, le plaisir (et plus particulièrement des femmes), l’homosexualité.

Un dossier dans Science humaine

Mai 68, un accélérateur

L’une des grandes revendications des jeunes de mai 68 est incontestablement une plus grande liberté des mœurs. Signalons que parmi les premières revendications des étudiants de Strasbourg comme de Nanterre concernaient la liberté de circuler dans les chambres universitaires des filles. Mai 68 à travers quelques slogans diffuse au sein d’une grande partie de la jeunesse, les fondements de cette libération sexuelle : jouissez sans entrave, vivez sans temps morts, baiser sans carottes, Je décrète l’état de bonheur permanent, inventez de nouvelles perversions sexuelles, jouissez ici et maintenant, faites l’amour et recommencez etc…. Tout un programme ! En fait, les slogans sont inscrits sur les murs, les combats sont à venir et se feront dans les années qui suivent grâce à des militants, au premier rang desquels, on trouvera les féministes.

Des militants au service d’une cause

La liberté sexuelle est d’abord le combat des femmes qui subissent d’avantage le diktat de la morale chrétienne. Entre 1968 et 1970, des petits groupes isolés débattent sur les rapports homme/femme mais manquent de visibilité. Par ailleurs, rapidement, ces mouvements militent pour leur non mixité afin que la parole des femmes puisse réellement s’exprimer (ce qui n’avait pas toujours été le cas durant mai 68). L’acte de naissance du MLF (Mouvement de libération des femmes) peut être établi à l’occasion d’une tentative de dépôt d’une gerbe sous l’Arc de triomphe, le 26 août 1970 avec un slogan : « Il y a plus inconnu que le soldat inconnu : sa femme » ! L’année suivante, le MLF organise une Marche internationale des femmes pour l’abolition des lois contre l’avortement. L’un des combats des féministes est alors la liberté de disposer de leur corps, ce combat converge avec le MFPF (Mouvement français pour le Planning familial).

Fondé en 1956 sous le nom de la Maternité heureuse, il prend son nom définitif en 1961. Le mouvement est d’abord clandestin et propose durant les années 60 des moyens de contraception dans une certaine illégalité. Les lois de 1920 et 1923 interdisent en fait la propagande anticonceptionnelle mais pas l’usage de moyens de contraception, le MFPF profite de ce vide juridique et flirte avec l’illégalité par exemple à Grenoble en informant de leur action sur les marchés de la ville (dès 1961). L’idée d’une régulation des naissances par la contraception fait son chemin même auprès de certains catholiques. La loi Neuwirth de décembre 1967 marque une première victoire puisqu’elle autorise l’utilisation de la pilule contraceptive. Mais l’avortement reste un combat encore à mener.

Le 5 avril 1971, le « manifeste des 343 salopes » est publié en Une du Nouvel Observateur. 343 femmes déclarent avoir avorté, on trouve des personnalités comme Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Marguerite Duras ou Simone de Beauvoir. Le débat pour l’avortement est lancé, le procès de Bobigny va faire avancée la cause.


Deux affaires retentissantes

Des affaires et des procès vont devenir le cheval de bataille de militants et permettre à l’opinion publique d’évoluer et de lever les tabous. En octobre 1972, Marie-Claire, une jeune lycéenne de 17 ans qui a été violée passe devant le tribunal pour enfant sous l’inculpation d’avortement. Le procès de la mère de la jeune fille et la femme qui a pratique l’avortement débute en novembre 1972. L’avocate Gisèle Halimi et la presse se saisissent de l’affaire, pour faire le procès des lois anti-avortement de 1920. Le jugement est clément dans l’ensemble car la mère et la fille sont relaxés, seule l’avorteuse écope d’une peine mais avec sursis. Le procès s’est accompagné d’une importante campagne de presse qui a permis de rallier une part importante de l’opinion publique.

La seconde affaire débute en 1968 est toute aussi retentissante puisqu’il s’agit d’une affaire de mœurs qui finit tragiquement. Gabrielle Russier est une jeune professeur de lettres dans un lycée de Marseille. Elle s’éprend d’un de ses élèves Christian Rossi âgé alors de 16 ans. Les parents du jeune homme portent plainte en avril 1969. La jeune est femme est alors incarcérée aux Baumettes, le procureur demande une peine de 13 mois de prison, mais la jeune femme se suicide le 1er septembre 1969. L’émotion de cette va bien sûr faire déplacer les frontières des tabous d’une société française qui se transforme et les lois accompagnent ces changements.



Des lois qui vont relâcher le carcan moral

Bien sûr, le mouvement a débuté avant mai 68 : avec par exemple, la loi Neuwirth de décembre 1967 (déjà évoquée) qui autorisait l’utilisation de la pilule. Mais les transformations vont connaître une forte accélération durant les quelques années qui suivirent mai 68. L’Etat va ainsi assez rapidement légiférer sur une série de sujets plus ou moins liés à l’évolution des pratiques sexuelles.

Citons pour mémoire, 1972 ; reconnaissance de l’égalité entre les enfants légitimes et naturels, 1974, majorité à 18 ans, le divorce par consentement mutuel et l’avortement en 1975.


Plus encore que les lois, il y a les mœurs des Français, la moitié des naissances actuelles sont hors mariage, la sexualité avant le mariage est pour une grande majorité des Français une réalité, la sexualité des adolescents et des jeunes adultes n’est plus interdite par leurs parents. Dans beaucoup de familles, le petit copain (ou copine) peut venir dormir à la maison. Bref, la révolution sexuelle a transformé la société. D’une sexualité surveillée, nous sommes passés au droit au plaisir, la société acceptant même toutes les sexualités entre adultes consentants.

Pour finir, sur un sujet aussi vaste signalons également deux films sortis en 1974 et qui ont marqué quelques étapes dans cette libération sexuelle.

Sources :

ACHIN Catherine et NAUDIER Delphine, "Les féminismes en pratique", in DAMAMME D., GOBILLE B., MATONTI F. PUDAL B, Mai Juin 1968, Editions de l'Atelier, Paris, 2008, pp 383-399.

FRIEDMANN Isabelle, Liberté, sexualités, féminisme, 50 ans e combat du planning pour les droits des femmes, La découverte, Paris, 2006, 277 p.

Libération du 29 mars 2008, dossier sur l’utopie sexuelle.

Un téléfilm à voir : Le procès de Bobigny de Fabrice Luciani (2006) avec Sandrine Bonnaire.


Jean-Christophe Diedrich

1 commentaire:

J. Blottiere a dit…

Article vraiment très intéressant, sur un aspect souvent oublié ou traité un peu vite dans le tourbillon de cette année mouvementée.

J.B.