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Du nouveau pour 2009 : Lire-écouter-voir devient Samarra !

Après un an de bons et loyaux services, Lire-écouter-voir fait peau neuve. Nous allons désormais continuer ce qui a été entrepris sur un blog partenaire du site Mondomix consacré à toutes les musiques du monde.

Ce nouveau blog s'appelle Samarra et a démarré depuis quelques jours. Nous allons continuer à y publier des articles sur les sujets et les supports (BD, manga, musique, films, livres, peinture,...) qui ont fait le quotidien de Lire-écouter-voir en 2008.

Rendez-vous tout de suite sur Samarra !

mardi 16 septembre 2008

Les Temps modernes de Chaplin.

L'affiche du film.


Charles Chaplin réalise les "Temps modernes", en 1936. Son personnage de Charlot bénéficie déjà d'une extraordinaire popularité. Il invente son personnage de vagabond au grand cœur deux décennies plus tôt, à la veille de la grande guerre. Charlot incarne la souffrance de tous les déshérités. Les "temps modernes" marque la dernière apparition de Charlot à l'écran , dans un contexte nouveau pour lui, celui de la Grande Dépression. Le chômage de masse coïncide alors avec la mécanisation industrielle.

Chaplin, qui fut toujours très attentif aux problèmes économiques et sociaux de son époque, déclarait en 1931: "le chômage, voilà la question essentielle. Les machines devraient faire le bien de l'humanité, au lieu de provoquer tragédie et chômage". Ironiquement, le film s'ouvre sur un carton sur lequel on peut lire une phrase ronflante: "un récit sur l'industrie, l'initiative individuelle et la croisade de l'humanité à la recherche du bonheur". Juste après, le réalisateur juxtapose des moutons et des ouvriers sortant d'une bouche de métro (dont un mouton noir: Charlot).

L'Histoire.

Charlot est un ouvrier qui travaille à la chaîne dans une usine. Il resserre tout au long de la journée deux boulons sur les pièces détachées d'un objet non identifié qui défilent devant lui sans interruption. Poissard, Charlot est confronté à plusieurs incidents qui lui font perdre le rythme et paralysent la chaîne.


Ensuite, il sert de cobaye pour tester une nouvelle machine à faire manger les ouvriers automatiquement, sans qu'ils aient à interrompre leur travail lors du déjeuner. L'engin, pas encore au point se révèle être un véritable instrument de torture.



Lorsqu'il reprend son travail, Charlot semble atteint de folie. Happé par la machine, il en ressort hilare, frappé d'une sorte de danse de Saint-Guy, il asperge ses camarades d'huile. On finit par l'hospitaliser. A sa sortie d'hôpital, il ramasse un drapeau rouge tombé d'un camion. Aussitôt, des manifestants le prennent pour un meneur et le suivent. Arrêté par la police, il devient un prisonnier modèle qui déjoue, bien malgré lui, une évasion, ce qui lui vaut une grâce. Malgré ses protestations, il est libéré.

Il vient alors en aide à une jeune orpheline ("la gamine", interprétée par Paulette Goddard). Charlot se fait alors engagé comme veilleur de nuit dans un grand magasin, mais il retourne en prison après un cambriolage perpétré par un de ses anciens collègues. A sa libération, la gamine le fait engager comme serveur-chanteur dans un restaurant où elle se produit comme danseuse.



Alors qu'il s'apprête à rentrer sur scène, il perd son texte et improvise une chanson dans un charabia incompréhensible. C'est un triomphe, mais aussitôt après, les policiers de la brigade des mineurs pénètrent dans l'établissement pour arrêter la gamine. Le couple parvient à s'enfuir et s'éloigne, main dans la main, vers d'autres aventures.

Les choix de Chaplin.


- L'absence de dialogues. En 1936, le cinéma parlant s'est déjà imposé depuis presque 20 ans. Pourtant, Chaplin, spécialiste de la pantomime muette, se refuse au dialogue. Il tente néanmoins de préparer des dialogues et enregistre même quelques essais, peu concluants à son goût. Les seules voix humaines qu'on entend sont passées par le filtre des procédés technologiques: le patron qui s'adresse à ses ouvriers via son écran de télévision, le vendeur de la machine qui se réduit à une voix dans un phonographe. Seule exception, lorsque Charlot improvise sa chanson dans le restaurant dans un charabia rappelant vaguement l'italien.

- En revanche, la musique et les effets sonores sont omniprésents dans le film. Chaplin compose lui-même la musique. C'est du sur mesure, puisqu'elle épouse le rythme de travail. Lorsque la chaîne s'accélère, la musique aussi.


- Un travail de repérage pointilleux: une dizaine d'année avant de réaliser les Temps modernes, Chaplin a visité les usines Ford de Detroit, d'où sortent une voiture toutes les 40 secondes!!! Les chaînes de montage impressionnent alors tout particulièrement le réalisateur qui s'en est sans doute inspiré pour concevoir les décors de son film.


* Une satire implacable du taylorisme.

Charlot est aux prises avec une machine effrayante, aux engrenages gigantesques. L'ouvrier ne devient qu'un appendice de la machine. Celle-ci dicte sa cadence infernale, déshumanise les individus dont le comportement s'apparente à celui d'un robot (Charlot répète inlassablement les mêmes gestes et continue à agir tel un automate lors de sa pause repas). L'homme calque ses mouvements sur les rouages de la machine et non le contraire. Pire, cette dernière se substitue même aux hommes pour les nourrir. Au fond, elle broie les individus. D'ailleurs, Charlot est avalé et se retrouve dans le ventre de la machine, qui digère et aliène. Il en ressort totalement dément.

Bien sûr, il s'agit de cinéma et Chaplin force le trait, il n'empêche, sa charge ne manque pas de souffle. Là où de longs discours théoriques rendraient le sujet ennuyeux, Chaplin utilise l'humour pour mieux dénoncer l'exploitation de l'homme par l'homme, par machine interposée. Ainsi, le patron de l'entreprise dans laquelle Charlot travaille, impose des cadences infernales, sans se soucier des conséquences sur la santé physique et mentale de ses ouvriers. Il ne s'adresse jamais directement à eux, mais toujours par écran interposé (exemple: lorsqu'il surprend Charlot en train de fumer aux toilettes, grâce à un système de video surveillance).

On reste frappé par la modernité du film et son impact sur les lycéens d'aujourd'hui. Au bout du compte, la réalité que Charlot dépeint n'est finalement pas si éloignée de celle de beaucoup d'ouvriers aujourd'hui en Europe.

Sources:

- Livret du DVD des Temps modernes, éditions Hachette.

- Le manuel d'histoire de Première, édition Brodas.




1 commentaire:

M.AUGRIS a dit…

Merci pour cette belle analyse d'un grand classique, toujours aussi plaisant à regarder.