
Les citronniers d'Eran Riklis
C'est l'histoire d'une femme, Salma Zidane (ça ne s'invente pas, on aperçoit même une photo de Zizou sur le mur de la chambre de son fils...). Elle a une quarantaine d'années, une fille mariée, un fils parti aux Etats-Unis, elle vit seule dans sa plantation de citronniers. C'est là qu'elle a grandi, qu'elle a ses souvenirs. Elle vit en Cisjordanie, à la lisière d'Israël, dans une portion où le mur de séparation n'est pas encore achevé. Son "voisin", de l'autre côté de la ligne verte qui sépare les territoires occupés d'Israël, n'est autre que le nouveau ministre de la défense israélien. Les services de sécurité estiment sue cette citronneraie est une menace pour sa sécurité et demandent qu'elle soit rasée. « Des citronniers... un ministre de la Défense... une combinaison fatale... ».

L'actrice Hiam Abbas qui joue Salma Zidane est remarquable dans ce rôle. Elle jouait déjà dans La fiancée syrienne du même Eran Riklis. Elle incarne magnifiquement cette femme seule, mais digne et courageuse. Elle a grandi en Israël, c'est une Palestinienne israélienne (comme environ 20% de la population de l'État d'Israël) qui vit aujourd'hui en France.
Voici ce que répond le réalisateur Eran Riklis à la question "Considérez-vous Les citronniers comme un film politique ?"
Je ne crois pas à ce terme car je le trouve dépassé. Aujourd'hui tout est politique et quoi que vous disiez, que vous fassiez ou que vous pensiez, tout possède un impact ou une implication politiques. Les décisions que prennent les hommes politiques entraînent des conséquences immédiates sur la vie des gens, où que ce soit, en particulier quand on habite dans une "zone dangereuse" telle que le Moyen-Orient, mais aussi quand on vit à New York, à Paris ou à Berlin. Donc [es citronniers n'est pas un film politique, il y est juste question de gens qui se trouvent aux prises dans une situation apparemment inextricable. Le ministre de la Défense, son épouse, Salma, son avocat, sont piégés à la fois par leur propre situation personnelle et publique et par leur façon de penser.
[entretien paru dans la brochure éditée par l'AFCAE]

Désengagement d'Amos Gitaï

C'est donc une évocation intéressante de cet épisode récent de l'histoire israélienne. On entrevoit le manque de préparation de cette évacuation qui a conduit à la situation de chaos qu'a vécu ensuite la bande de Gaza. Rappelons que, depuis 2007, le territoire est sous contrôle du Hamas, parti islamiste. L'armée israélienne y intervient régulièrement et sans ménagement pour les civils afin de faire cesser les tirs de roquettes vers Israël (en particulier la ville de Sderot). Gaza est une véritable prison à ciel ouvert, coupée du monde et sans ressource où vivent 1,4 millions d'habitants (densité de 3800 habitants par km2 !).
Ah, j'oubliais, une scène inoubliable, le débarquement de conteneurs dans le port d'Ashdod !
Liens
- Un portrait de l'actrice Hiam Abbas paru dans Libération et la critique du film.
- Une critique de Désengagement parue dans Le Monde.
- Un entretien que nous a accordé l'historien Henry Laurens, professeur au Collège de France et des liens.
- La chronologie interactive de l'histoire du Moyen Orient au XXème siècle, pour replacer ces films dans leur contexte et dans la longue durée.
- Tous les articles du blog sur le Moyen Orient.
A lire
Manière de voir (édité par Le Monde Diplomatique), Histoires d'Israël (1948-2008), avril-mai 2008
- Les collections de l'histoire , Israël-Palestine, n°39, Avril-mai-juin 2008
- Frédéric Encel, Atlas géopolitique d'Israël, Autrement
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