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Du nouveau pour 2009 : Lire-écouter-voir devient Samarra !

Après un an de bons et loyaux services, Lire-écouter-voir fait peau neuve. Nous allons désormais continuer ce qui a été entrepris sur un blog partenaire du site Mondomix consacré à toutes les musiques du monde.

Ce nouveau blog s'appelle Samarra et a démarré depuis quelques jours. Nous allons continuer à y publier des articles sur les sujets et les supports (BD, manga, musique, films, livres, peinture,...) qui ont fait le quotidien de Lire-écouter-voir en 2008.

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jeudi 1 mai 2008

Deux films pour comprendre le conflit israélo-palestinien

La terre est un des enjeux essentiels du conflit qui oppose depuis plusieurs décennies Israël et les Arabes. Bien sûr, il y a également des enjeux symboliques non négligeables, ils se superposent et s'enchevêtrent sur cette terre que chacun s'accorde à penser comme sienne. Face à la complexité de ces enjeux, une approche trop manichéenne est souvent de mise. Le cinéma offre parfois, mieux que la télévision et internet, la possibilité de se plonger dans un univers qui nous est inconnu quand bien même il fait partie de notre univers médiatique.
J'ai vu récemment deux films réalisés par des cinéastes israéliens qui nous permettent cette plongée.


Les citronniers d'Eran Riklis

C'est l'histoire d'une femme, Salma Zidane (ça ne s'invente pas, on aperçoit même une photo de Zizou sur le mur de la chambre de son fils...). Elle a une quarantaine d'années, une fille mariée, un fils parti aux Etats-Unis, elle vit seule dans sa plantation de citronniers. C'est là qu'elle a grandi, qu'elle a ses souvenirs. Elle vit en Cisjordanie, à la lisière d'Israël, dans une portion où le mur de séparation n'est pas encore achevé. Son "voisin", de l'autre côté de la ligne verte qui sépare les territoires occupés d'Israël, n'est autre que le nouveau ministre de la défense israélien. Les services de sécurité estiment sue cette citronneraie est une menace pour sa sécurité et demandent qu'elle soit rasée. « Des citronniers... un ministre de la Défense... une combinaison fatale... ».
C'est donc un film sur la difficulté de la société israélienne, obnubilée par sa propre sécurité, à considérer l'humanité des Palestiniens. C'est aussi un film sur la condition de la femme dans la société palestinienne. Salma Zidane est veuve, à ce titre elle bénéficie de certains des droits de son mari décédé, mais elle n'est pas libre et la solitude qui lui pèse tant doit être maintenue coûte que coûte pour rassurer les autres. C'est dans le regard d'une autre femme qui connaît la solitude, l'épouse du ministre, qu'elle va trouver de la compassion.

L'actrice Hiam Abbas qui joue Salma Zidane est remarquable dans ce rôle. Elle jouait déjà dans La fiancée syrienne du même Eran Riklis. Elle incarne magnifiquement cette femme seule, mais digne et courageuse. Elle a grandi en Israël, c'est une Palestinienne israélienne (comme environ 20% de la population de l'État d'Israël) qui vit aujourd'hui en France.

Voici ce que répond le réalisateur Eran Riklis à la question "Considérez-vous Les citronniers comme un film politique ?"

Je ne crois pas à ce terme car je le trouve dépassé. Aujourd'hui tout est politique et quoi que vous disiez, que vous fassiez ou que vous pensiez, tout possède un impact ou une implication politiques. Les décisions que prennent les hommes politiques entraînent des conséquences immédiates sur la vie des gens, où que ce soit, en particulier quand on habite dans une "zone dangereuse" telle que le Moyen-Orient, mais aussi quand on vit à New York, à Paris ou à Berlin. Donc [es citronniers n'est pas un film politique, il y est juste question de gens qui se trouvent aux prises dans une situation apparemment inextricable. Le ministre de la Défense, son épouse, Salma, son avocat, sont piégés à la fois par leur propre situation personnelle et publique et par leur façon de penser.
[entretien paru dans la brochure éditée par l'AFCAE]

Pour moi, ce film parle évidemment de politique, mais comment pourrait-il en être autrement sur cette terre. Je vous le recommande donc, c'est un beau film pour comprendre cette région.




Désengagement d'Amos Gitaï

J'ai moins aimé ce deuxième film. Gitaï, qui n'a pas son pareil pour filmer les contradictions de la société israélienne (Kadosh sur l'univers des Juifs ultra orthodoxes ou encore le magnifique Alila), situe la première partie de Désengagement dans le sud de la France. Les situations sont importantes pour comprendre la suite, mais les scènes traînent un peu en longueur sans que cela soit toujours pertinent. Pour ma part, j'ai du mal à accrocher avec le jeu de Juliette Binoche, qui donne toujours l'impression d'en faire beaucoup trop.
Je vous résume l'histoire en quelques mots : Plusieurs membres d'une même famille se retrouvent des deux côtés de la barrière alors qu'à l'été 2005, le gouvernement d'Ariel Sharon décide l'évacuation des colonies israéliennes de la bande de Gaza. Le frère d'Ana (jouée par Juliette Binoche), Uli (joué par Liron Levo, magnifique), est policier. Il est chargé d'évacuer avec le plus de ménagement possible la population des colonies. On se prend à rêver à un autre Moyen Orient en s'imaginant les forces israéliennes usant de la même prévenance avec les Palestiniens... Ce n'est pas le cas, on le voit dans Les citronniers. Sa nièce, Dana (jouée par Dana Ivgy), fait partie des personnes à évacuer. Ana accompagne son frère pour revoir sa fille Dana. Il y a des scènes très touchantes et très déchirantes. La barrière de la langue complique la difficulté d'exprimer les sentiments.
C'est donc une évocation intéressante de cet épisode récent de l'histoire israélienne. On entrevoit le manque de préparation de cette évacuation qui a conduit à la situation de chaos qu'a vécu ensuite la bande de Gaza. Rappelons que, depuis 2007, le territoire est sous contrôle du Hamas, parti islamiste. L'armée israélienne y intervient régulièrement et sans ménagement pour les civils afin de faire cesser les tirs de roquettes vers Israël (en particulier la ville de Sderot). Gaza est une véritable prison à ciel ouvert, coupée du monde et sans ressource où vivent 1,4 millions d'habitants (densité de 3800 habitants par km2 !).

Ah, j'oubliais, une scène inoubliable, le débarquement de conteneurs dans le port d'Ashdod !


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