Des livres, des films, des émissions, des musiques, de l'art, des BD, des mangas pour apprendre et comprendre le monde

Du nouveau pour 2009 : Lire-écouter-voir devient Samarra !

Après un an de bons et loyaux services, Lire-écouter-voir fait peau neuve. Nous allons désormais continuer ce qui a été entrepris sur un blog partenaire du site Mondomix consacré à toutes les musiques du monde.

Ce nouveau blog s'appelle Samarra et a démarré depuis quelques jours. Nous allons continuer à y publier des articles sur les sujets et les supports (BD, manga, musique, films, livres, peinture,...) qui ont fait le quotidien de Lire-écouter-voir en 2008.

Rendez-vous tout de suite sur Samarra !

vendredi 14 novembre 2008

Fondements et limites du modèle américain avec Norman Rockwell

Un peintre américain du XXème siècle rend bien compte par son art de la force et des limites du modèle américain. Il s'agit de Norman Rockwell (1894-1978), qui a réalisé des illustrations pour un magazine (The saturday Evening Post). Il fait pour ce magazine en 1943 une série de quatre illustrations inspirées d'un discours de Roosevelt au Congrès en 1941 : the four freedoms. Ce discours sur l'État de l'union exposait les buts d'une éventuelle entrée en guerre des États-Unis. Le Président demande au Congrès de voter la loi prêt-bail (Lend-lease) qui va permettre d'aider les démocraties face au nazisme. Roosevelt y développe des thèmes issus des 10 premiers amendements à la Constitution américaine, adoptés en 1791 (aussi appelés le Bill of Rights). Il y ajoute des préoccupations plus sociales (la troisième liberté) et de sécurité (la quatrième). Ces images deviennent très populaires jusqu'à devenir des icônes symbolisant le rêve américain. Elles sont même reprises pour des affiches appelant à acheter des bons de guerre (affiche ci-dessous).

La première, Freedom of speech, exprime la possibilité pour chaque citoyen américain de donner son opinion, quelle que soit sa condition sociale ou ses capacités à s'exprimer. Ici, un homme d'apparence simple, issu du peuple, n'hésite pas à prendre la parole au cours d'une réunion publique.




La deuxième, Freedom to worship, exprime le droit de chaque individu à pratiquer sa religion quelle qu'elle soit sans être inquiété pour cela. La formule inscrite en haut de l'image n'est pas issue d'un texte officiel. Elle affirme le droit de chacun de pratiquer selon ce que lui dicte sa propre conscience.










La troisième, Freedom from want, représente un repas traditionnel de Thanksgiving, baigné par la lumière, le personnage en bas à droite semblant nous inviter à prendre part à la fête.










La quatrième illustration enfin, peut être celle qui est le plus influencée par le contexte international, Freedom from fear, représente un père et une mère bordant leurs enfants. Le père tient un journal dont les gros titres évoquent des bombardements.

Le président F.D. Roosevelt écrivit à Rockwell pour le remercier de contribuer à rapprocher le pays d'un "monde plus libre et plus heureux".

Rockwell a aussi représenté les limites de ce modèle américain. En voici un exemple, sans doute le plus connu.

La déségrégation dans les Etats du Sud commence par l'arrêt de la Cour Suprême Brown vs. Board of Education of Topeka de 1954. Dans les années qui suivent, l'Etat fédéral va s'efforcer de mettre en oeuvre cette décision qui interdisait toute séparation fondée sur la race dans les écoles publiques. Face à l'hostilité des blancs du sud et des autorités locales d'appliquer la loi, Washington envoie des policiers fédéraux assurer la sécurité des enfants et étudiants qui, courageusement, seront les premiers à briser le tabou. 1954, c'est aussi l'année de naissance de Ruby Bridges. Le 14 novembre 1960, elle doit entrer dans une école publique de la Nouvelle Orléans (la William Frantz Public School), ayant passé les tests avec succès. Malgré la foule qui manifeste, (photo ci-contre, voyez la poupée noire dans un cerceuil...) les pressions sur les parents (son père est licencié...), la petite fille tient bon grâce à plusieurs personnes (sa professeure Ms. Henry et les gens qui la soutiennent sur le trajet) qui l'aident à surmonter une épreuve qui la dépasse de beaucoup.

Cette peinture est parue dans le magazine Look en 1964. A noter, l'inscription "nigger" et les traces de tomates sur le mur. Cette image témoigne de la difficulté d'imposer la déségrégation à un Sud blanc qui n'en veut pas. Même si Norman Rockwell n'est pas un peintre excessivement engagé et qu'il accompagne l'opinion plusqu'il ne la dérange, il nous offre au travers de sa peinture un reflet des forces et des divisions du modèle américain.


Pour avoir plus de détails sur la vie et l'oeuvre de Norman Rockwell, je vous invite à explorer le site du musée Rockwell (en anglais). Consultez également le site de la Fondation Ruby Bridges.

Lire-écouter-voir sur le modèle américain
(Livres, BD, Films et... musique bien sûr !)


3 commentaires:

J-Christophe Diedrich a dit…

Très belle idée que d'utiliser Norman Rockwell avec cette série de toiles très édifiantes sur ce que sont réellement les EU.

J. Blottiere a dit…

Très bel article. En effet, ces toiles en disent plus long sur ce modèle que de longs discours.

J.B.

François Thoraval a dit…

Bonjour!La série des Droits civiques, présentée ici dans une double perspective historique et sociologique,n'offre finalement qu'une unité de surface. Ce sont Freedom of speech et Freedom from want qui reflètent le mieux ce que le public attend toujours de Rockwell:une peinture virtuose et récréative,miroir du modèle américain dont vous soulignez d'ailleurs les limites.Les deux autres compositions, plus attachantes parce que moins abouties, me semblent plus riches d'enseignements.Elles nous livrent un autre Rockwell,fragilisé par ses contradictions.François